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Rite initiatique au Sénégal

Il y a un peu plus d'un an déjà, le 11 mars 2002 pour être exact et par un concours de circonstance que je ne m'explique toujours pas, je me suis retrouvé au centre d'une cérémonie initiatique, au coeur d'une forêt sacrée au beau milieu du Sénégal oriental. Je ne suis pas à proprement parlé un adepte du piercing, mais j'ai quelques amis qui pratiquent se genre d'embellissement corporel, ce qui d'ailleur explique ma présence sur ce site. Ce sont d'ailleurs ces mêmes amis qui m'ont convaincu de raconter cette incroyable histoire. Si vous aviez des doutes durant sa lecture, je vous comprendrai tout à fait. Mais je suis bien placé, pour vous affirmer qu'elle est authentique et vous pourrez me demander autant de renseignements que vous voudrez, par Email.

Je suis français, et demeurant dans un petit village du Sénégal, en tant que médecin de brousse, terme relativement vulgaire quand l'on connait l'accueil chaleureux de ces villageois. La fameuse "Teranga" sénégalaise.

Bref, au cour d'une de mes visites hebdomadaires chez mon patient préféré, le chef du village, il m'apparait bien mal en point aujourd'hui et connaissant sa santé mieux que quiconque, je ne me l'explique absolument pas. C'est un homme assez bien bâtit, pour ses 65 ans, robuste et surtout en excellente santé, malgré ses 4 femmes à honnorer quotidiennement...

Il est là étendu sur son lit dans sa case, dans la pénombre. Et il me demande d'approcher mon oreille de sa bouche. Il me parle avec une voix d'outre-tombe (j'en ai encore des frissons), il m'explique qu'il va passer de l'autre côté dans 3 lunes et qu'il souhaiterai que je me charge d'effectuer une promesse qu'il n'a jamais pu honnorer.

En tant que médecin j'ai beaucoup de mal à comprendre son état, mais en tant qu'homme j'accepte, bien entendu cette mission. Cette promesse dont il est question, à été faites il y a très longtemps (plus de 40 ans) à son frère aîné. Et implique que je doive emmener le fils aîné du chef du village, chez son frère (justement) afin qu'il y suive un rite initiatique, pour soi disant en faire un homme et donc le futur chef du village.

Je m'empresse donc de préparer quelques affaires, connaissant le lieu où je dois aller, qui se situe dans une région où je doute que l'homme blanc y ai été aperçu une seule fois. Mais enfin, une parole est une parole...

Je passe prendre Mamadou (son fils de 15 ans), et nous partons dans ma Lada, vieille mais néanmoins robuste. Le pauvre garçon est tellement inquiet qu'il n'a pas prononcé un seul mot de tous le voyage.

Nous sommes "apparemment" arrivé sur les lieux puisque je reconnais les détails que m'a indiqué le chef du village. -"tu trouveras au bout du chemin, un baobab à l'aspect très vieux, avec un trou béant dans son tronc, en forme d'oeil..."

Nous descendons du véhicule, et nous commençons à avancer dans la forêt en prenant ce baobab et un vieux dimb (un autre arbre) comme point de repère. Celà fait à peu près 30mn que nous marchons et je commence moi aussi à m'inquièter de l'environnement qui est de plus en plus lugubre, et surtout de plus en plus silencieux. Le gamin quand à lui est à deux doigts de prendre ses jambes à son coup, mais je l'assure que tant qu'il sera avec moi, rien ne pourra lui arriver. Enfin, après plus d'une heure de marche, et la nuit commençant à tomber, nous arrivons dans une sorte d'immense clairière au bout de laquelle se déssine les formes d'une case... Je dois avouer, que je suis assez rassuré par son aspect extérieur, je commençais sérieusement à avoir peur moi aussi. Arrivé devant la porte, je frappe assez fortement et une voix très grave (qui m'a glécée les os, sur l'instant) nous invite à entrer.

Nous entrons dans une pièce très bien éclairée, mais jonchée de boites, bocaux, livres, papiers eparpillés en tous sens, on aurait cru un cambriolage. Sauf que les meubles étaient très bien rangés, la table (avec son unique chaise), le lit, une sorte de bureau, et surtout un immense fauteuil qui ressemble étrangement à un trône, sur lequel est confortablement installé un petit homme frêle, avec un regard très perçant, mais qui reflète énormément de gentillesse. Je me présente et explique m'a venue dans sa demeure, il acquièce mes moindres paroles sans mot dire et se lève enfin, pour me serrer la main. Une main sommes toute robuste, pour un homme si frêle et qui doit avoisiner les 70 ans. Il jète un regard plein de douceur à son neveu, en lui indiquant le lit, et lui demande de se coucher tout de suite après le repas, car demain sera une longue journée. Nous avons très bien mangé, puis nous nous sommes couché assez vite après le repas... Ma nuit, fut loin d'être tranquille, les bruits de la forêt sont très impressionant et résonnent sans cesse, mais paradoxalement je me sentais en totale sécurité, couché à même le sol dans cette bicoque.

Le lendemain, je me réveillais par l'odeur du kinkeliba (succédané de café) tout chaud qui m'attendait sur la table. Le temps de me relever, un peu courbaturé tout de même, mais en pleine forme. Un invariable soleil magnifique, entrait par la porte grande ouverte. Le temps de porter, la tasse à mes lèvres pour m'apercevoir que j'étais totalement seul dans cette case... Je suis sorti comme un fou, dehors et je trouvais mes deux amis dans une position peu orthodoxe et dans un silence incroyable.

Ils étaient assis tous les deux face à face, dans ce qui semblait être une mini-arène. Un cercle de sable d'une dixaine de mètres de diamètre, entouré de broussailles impénétrables. Des objets se trouvaient à proximité du vieil homme (Djeli), mais je n'arrivais pas à distinguer de quoi il s'agissait. Peut importe puisque apparemment Mamadou avait l'air en parfaite confiance... Je retourne chercher ma tasse de kinkéliba, et m'approche de cette enceinte qui à l'air plus naturelle qu'artificielle...

Djeli semble parler à Mamadou, mais je ne perçois que des bribes de phrases, qui néanmoins sont dans un dialecte que je ne connais pas. 1 heure s'écoule et ils n'ont pas bougé d'un milimètre, le soleil commence à se faire fort, et leur position est totalement dénuée d'ombre. Djeli parle toujours, mais un ton plus fort cette fois... J'entend tout, mais c'est totalement incompréhensible. Mamadou, à l'air concentré à un point inimaginable. Cet enfant qui avait l'air si craintif hier, semble être en mesure d'affronter n'importe quel démon aujourd'hui. Quelle incroyable transformation, même physiquement il m'apparait plus étoffé. C'est totalement impossible je le sais, mais il dégage une telle force...

2 heures se sont écoulées et Djeli se lève brusquement et commence à marcher en tous sens dans cette arène, en continuant à parler, mais à tue tête maintenant... Je ne sais pas ce qu'il a mis dans mon kinkéliba, mais je trouve étonnant qu'il soit encore fumant dans ma tasse après plus de deux heures de temps... Mais ma montre, elle, ne peut pas me trahir... Je viens d'atteindre les limites de mes repères scientifiques et je commence à croire que je vais devenir fou.

Il est maintenant Midi, le soleil est au zénith et il fait une chaleur proche des 50°C, Djeli continu son manège (sans qu'une seule goutte de sueur ne soit visible) et Mamadou est toujours aussi imperturbable.

Djeli s'arrête net de hurler, il se dirige droit vers ses objets. Il en sort ce qui m'apparait comme étant une aiguille à tricoter couleur argent et commence à transpercer l'oreille gauche de Mamadou par l'arrière, puis en tordant cette oreille jusqu'à ce que je m'imagine en être son point de rupture, lui transperce la joue gauche, puis la droite, puis enfin lui fait passer le bout de cette aiguille dans l'oreille droite par l'avant cette fois-ci. Puis il se recule de quelques mètres et recommence ses hurlements. Autant vous dire, que je ne me sentais pas très bien, celà à été fait avec une telle violence et une telle brusquerie, que mon temps de réaction et surtout mon incapacité à réagir ont été mes pires atouts. Mais de toutes façons que pouvais-je bien faire ? Je ne devais surtout pas intervenir...

Djéli continuait ses divagations et Mamadou, le visage déformé par cette aiguille énorme semblait toujours autant imperturbable. Pas une goutte de sang ne coulait. Djéli une fois encore s'arrêta de brailler et pris cette fois une espèce de bistouri. Il commença par effectuer des dessins avec son ustensile dans l'air, en tournoyant autour du visage de Mamadou, puis lui trancha avec des coups vifs le visage, de deux scarifications au niveaux des tempes et de chaques côtés. D'une longueur d'environ 1 cm, soit 2 trait parallèles de chaques côté de la tête.

Marques, qui je l'appris bien plus tard sont les stigmates des grands chefs et des hauts dignitaires. Maintenant, je m'attendais au pire, il avait tellement d'ustensiles autour de lui, que je commençais à croire que j'allais assister à une boucherie !!!

Puis notre Djéli, commença à sortir Mamadou de son état, qui ne sembla pas gêné d'avoir cette immense aiguille en travers de ses joues et de ses oreilles. Il avait plutôt l'air sattisfait, voir fier de pouvoir me montrer sa capacité à supporter la douleur. Bref, c'est moi le médecin, qui faillit tourner de l'oeil...

Djéli continua l'initiation du jeune Mamadou, en lui infligeant de sévère coupûres dans le dos à l'aide d'une lame énorme, argentée également. Puis comme si le sang coulant dans le dos de notre jeune ami ne suffisait pas, il apposa sur cette énorme plaie une corne de zébu (apparemment) dont la pointe a été oté. Puis il utilisa cette objet comme un aspirateur. En posant le bout le plus large sur la plaie et en aspirant avec sa bouche, par le plus petit orifice de la corne. Il pompa le sang de Mamadou, pendant au moins 30 minutes. Je voyait un amas de sang se concentrer (par transparence) dans la corne.

Et Mamadou bien que le sourire aux lèvres, était à la limite de vaciller.

Djéli, comme à l'accoutumée, s'arrêta net, de pomper le sang de sa "victime" et retira la corne du dos de Mamadou. L'équivalent d'un demi-litre de sang séché était agglutiné dans la corne, laissant une horrible cicatrice dans le dos du jeune Mamadou. A cet instant il rangea son appareillage, pris la main de son neveu (qui avait toujours en travers du visage cette aiguille d'argent) et le remis sur pieds. Ils se dirigèrent tous les deux vers moi, en passant par un dédale de broussaille, qu'il me serait impossible de faire dans l'autre sens.

Arrivé à mes côtés, Djeli me salua (comme si de rien était) et Mamadou me donna une franche poignée de main, qui faillit me briser les os.

A cet instant précis, Djéli ordonna à son neveu de se retirer "seul", l'aiguille. Mamadou s'éxécuta, mais cette fois dans la douleur (je le vis dans ses yeux), mais il ne versa aucune larme...

Nous quitâmes Djéli, aussitôt après que Mamadou eu retiré cet objet de torture. Et je n'ai pas revu Djéli depuis cette journée. Mamadou, quand à lui n'est toujours pas le chef du village, son père ayant simulé cette approche de la mort afin d'affirmer son autorité sur le village en se faisant seconder par un fils fort et valeureux. Quant à moi, je ne suis pas prêt d'oublier cette séance initiatique et je ne suis pas prêt non plus pour le piercing ou autres modifications corporelles. Mais si le coeur vous en dit, pourquoi pas...

J'espère ne pas vous avoir trop ennuyé avec cette histoire (vu le nombre de cauchemards que j'ai fait après cette séance. Ce serait vraiment dommâge...). Néanmoins, je vous conseil le Sénégal pour de tout autre activités et l'accueil des sénégalais est vraiment remarquable. C'est certainement, le pays le plus calme de toute l'Afrique...

Et les faces cachées de cette nation sont innombrables, à vous de les découvrir et peut-être nous en ferez-vous profiter un jour, en ce lieu et à ma place.

Details

submitted by: Anonymous
on: 22 April 2003
in Ritual

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Artist: Djeli+Bakari+Dembo+Danfakha
Studio: Sacred+Forest+of+Wakn%27gouna
Location: Senegal+%28West+Africa%29

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