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La torture de la tortue

Une amie m'a toujours dit que j'avais une tête de tortue quand nous étions enfants... Ok, ça n'a pas l'air d'un compliment, mais en réalité on en a toujours bien ri!

L'idée de la tortue pourtant a évoluée: c'est toute la symbolique de la tortue qui m'a intéressé et j'ai voulu en porter une. Sauf que je devais la mériter, d'une certaine façon... Je devais avoir environs 20 ans quand j'ai voulu me la faire tatouer pour la première fois, sur le ventre, sous un tatouage de papillon déjà présent (ouh! concept!). Je savais même quel artiste la ferait, mais je ne pouvais m'arrêter sur le dessin... J'ai pensé attendre, croyant qu'il y avait une raison pour ça et que je trouverais un jour. Puis, je me suis rendu compte que je n'étais pas prête pour cette tortue: symboliquement, je vivais effectivement comme cachée dans une solide carapace, me protégeant des émotions qui auraient pu me blesser ou m'empêchant de regarder la réalité en face.

J'ai beaucoup travaillé sur moi-même afin de pouvoir m'exprimer correctement, parler au gens de ce que je ressens au lieu de me cacher. J'ai fait le ménage dans beaucoup de sphères de ma vie et j'ai appris à respecter cette vie et à l'appréhender positivement. Je suis même retournée à l'école, à 32 ans et 2 enfants, pour nous offrir un meilleur avenir. En gros, je peux sortir de ma carapace.

Je me suis senti prête à porter cette tortue. Toutefois, au cours de ces 10 années, j'ai entendu parler de scarification. ÇA, ça m'a allumé! Je me suis dit que c'était la meilleure façon de graver cette tortue dans ma peau, que la cicatrice serait toujours là pour me rappeler que parfois, ça fait plus mal de rester dans sa carapace que d'en sortir.

Je me suis préparée à souffrir tout en cherchant un bourreau qui jouerait du scalpel dans ma chair. Celui qui l'a fait, je ne l'ai même pas choisi: il s'est imposé à moi comme le seul disponible (il faut dire que quand il m'est apparu que je méritais ma scarification, je n'avais plus envie d'attendre!). Il m'a sagement conseillé de mettre une crème pour insensibiliser un peu la zone afin de rendre le travail moins douleureux. Ce que j'ai fait. Il a commencé le cutting environs 2h30 après que j'ai mis la crème et je me suis dit: «pas de problème, y'a rien là!» Erreur! La petite crème ne fait évidemment pas effet indéfiniment et après à peine 40 minutes de cutting, je commence à me dire que ça dégèle et que ça va faire vraiment mal! Bref, il termine les lignes de contour et je capote! Je suis aux anges, c'est trop beau! Ça n'a rien à voir avec le tatouage: les lignes ensanglantées sur ma peau font parties de moi davantage qu'une encre.

Lou me demande alors si je veux toujours le peeling. Je lui renvoie la question. Je veux qu'il soit en forme, je ne veux pas qu'il manque son coup à cause de la fatigue (c'est quand même lui qui est plié en deux pour travailler). On continue! Les premières lames de peau qu'il scie sont douleureuses: c'est pire que le cutting. Je ferme ma gueule et endure, je ne suis pas là pour un massage! C'est ok, je me contrôle, ça va. C'est long... Il me dit que la tête est terminée! Quoi? Juste ça?! Ça va être vraiment long!! On doit s'arrêter après les 4 pattes de la tortue: Lou pense que c'est trop gros, qu'on ne peux pas la faire au complet. Il me suggère d'enlever la peau qui représente le tour de la carapace et de laisser l'intérieur avec les cutting. Ok. De toute façon, avec ce qu'il reste, il est impensable de continuer comme ça encore longtemps: nous sommes tous les deux épuisés!

Ça a pris un peu plus de trois heures... Je ne me suis jamais plaint, mais je me suis concentré sur ma respiration pour endurer. $ fois il a failli sauter mon seuil de tolérance, 4 fois j'ai fermé les yeux en me disant qu'il devait être dans une bonne lancée et qu'il ne fallait pas que je l'arrête. Atroce!

Aujourd'hui je ris en me disant que même accoucher c'est moins douleureux, ou en tout cas, ça dure moins longtemps! Et puis comme pour accoucher, c'est pas la souffrance qui va m'empêcher de recommencer... Je veux cette tortue complète, comme je l'ai dessinée.

Ça fait 9 jours et je me trimbale encore avec ma couche de plastique dans le dos, j'en ai des boutons à force de rester à l'humidité. Puisque les peeling étaitent très profonds (si je compare aux photos sur le net que j'ai vues), je ne commence qu'aujourd'hui à les brosser. Ensuite, je crois que je vais tenter de laisser ça sécher et je pense que le pire est à venir pour la guérison. Dommage qu'on ne trouve pas beaucoup d'images de plaies en voies de guérison sur lesquelles se fier ou comparer les notres... je continue ma recherche tout en me disant que ça doit être un peu différent pour tout le monde.

Details

submitted by: Anonymous
on: 31 Jan. 2008
in Scarification

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Artist: Lou
Studio: HighTimes
Location: Montr%E9al

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